.(La Société de Conservation du Présent)
.(SCP)
MONOGRAPHIE

 

Ayant comme toile de fond les trois concepts fondateurs du collectif, cette monographie trace le parcours inusité de .(La Société de Conservation du Présent) sur une décennie. Selon, 1. le principe d’archives, 2. l’art de la promesse et 3. le désoeuvrement, les auteurs explorent son univers et nous font découvrir les nombreux projets qui en ont découlé.

Sous la direction de Sonia Pelletier, en collaboration avec Michel Lefebvre et Bernard Schütze.




TABLE DES MATIÈRES
Préface

Venir après…
> Sonia Pelletier

Introduction

Histoire à suivre, pour le présent
Revisiter .( La Société de Conservation du Présent) .(SCP) à travers le regard d’un de ses membres fondateurs, Philippe Côté

> Bernard Schütze

1. le principe d’archives

Le principe d’archives de .(SCP)
> Denis Lessard

Pour une nouvelle cartographie
> Sonia Pelletier

2. l’art de la promesse

Tenir ou non promesse
> André-Louis Paré

L’ellipse. Quatres épisodes dans la vie de la .(SCP)
> Guy Sioui Durand, Tsie8ei, 8enho8en

3. le désœuvrement

La mise en épochè de l’.(œuvre)
> Michaël La Chance

Mes traces .(SCP)iennes
> Philippe Bézy

Et un mot sur le 4e picot
> François Côté

Des actions infiltrantes

À l’aube des nouveaux médias

Artistes à la conquête d'un nouveau médium : l'approche .(SCP)ienne de la programmation
> Michel Lefebvre

Musée Standard. Culture légitime.
> André Éric Létourneau

La ‘Calembredaine : la verve poétique du hasard
> Philippe Bézy et Michel Lefebvre

Des pictogrammes

Biographies
Chronologie
Bibliographie

La 'Calembredaine : la verve poétique du hasard

par Philippe Bézy et Michel Lefebvre


La 'Calembredaine est le nom d'un logiciel dont la finalité consistait en la génération aléatoire et perpétuelle de poésie. Sa réalisation fut inspirée en 1986 par la lecture de l'ouvrage Structure syntaxique (1957), de Noam Chomsky.

Écrite en Assembleur MC68000, un langage de programmation, La 'Calembredaine a été élaborée pour un ordinateur Mac(intosh) doté de 512 K de mémoire vive. À cette époque, les ordinateurs (mémoriellement anorexiques selon nos critères du XXIe siècle) nécessitaient de porter une attention particulière à la concision, de la part de programmeurs qui ne travaillaient pas encore en équipe. Le code source de La 'Calembredaine, qui ne pesait alors pas plus de huit kilo-octets, n'est plus compatible avec nos ordinateurs contemporains.

À l'origine de La 'Calembredaine se trouvent les recherches entreprises par Alain Bergeron sur la génération automatique d'œuvres d'art vers la fin des années 1970 et le début des années 1980.

Les étapes qui aboutiront à La 'Calembredaine peuvent se résumer comme suit :

  • la génération en temps réel de dessins animés par brûlures sur support de pellicule Super-8 (1976) ;

  • la génération automatique d'images chaotiques en couleurs par vidéo feed-back (1981) ;

  • la génération d'images vidéo obtenues en connectant le son de synthétiseurs analogiques dans des moniteurs à tubes cathodiques (1982) ;

  • la génération d'images géométriques de manière aléatoire et perpétuelle avec Viewsak, le premier logiciel conçu par Alain Bergeron, écrit en BASIC sur Apple II (1983) ;

  • l'écriture en Assembleur d'une partie de hockey perpétuelle entre la .(SCP) et les Néoistes (1985) ;

  • La 'Calembredaine (1986).


La réalisation de La 'Calembredaine combina l'ingénierie logicielle d'Alain Bergeron et l'approche linguistique de la grammairienne Myriam Cliche, quatrième picot1 pour ce projet. De nombreux mouvements entre ces deux pôles ont engendré une machine « poète ». La première étape consista à programmer le Conjugueur, un logiciel de conjugaison de tous les verbes existants et à venir de la langue française. La seconde demanda l'adaptation de la grammaire formelle de Chomsky à la langue française pour la rendre compatible avec le Conjugueur. Finaliser La 'Calembredaine nécessita la création de plusieurs autres modules linguistiques originaux pour générer des adverbes, choisir des types de structure selon la sous-catégorie du verbe employé, procéder aux accords du féminin et du pluriel, former des phrases, des paragraphes, des pages et finalement des livres.

Vers la fin de 1986, de premières versions de La 'Calembredaine sont présentées au siège social de la .(SCP), le 259, Sainte-Catherine Est, à Montréal. Quelques Mac y laissaient défiler, une à une, des phrases à l'écran. Les gens lisaient en groupe et leurs rires ont fait prendre conscience à la .(SCP) que chaque personne trouvait son propre sens dans la production textuelle de La 'Calembredaine. On en conclut que le sens, à la lecture d'un texte, n'était pas fabriqué par l'émetteur (ici La 'Calembredaine) mais bien par le récepteur.

Selon les documents d'archives de la .(SCP), la première version publique officielle de La 'Calembredaine aurait été présentée le 21 juillet 1988 au Musée Temps horaire 047259, le siège social du collectif transformé en lieu d'exposition. Elle comprenait alors mille livres imprimables de quarante pages chacun, tous différents, riches d'un vocabulaire de 3 250 mots. Plusieurs versions ont suivi. Il suffisait de sélectionner le vocabulaire et de filtrer les structures syntaxiques pour fabriquer une nouvelle version.

Par exemple, '(La Calembredaine) électorale2 n'utilisait que le futur et des pronoms à la première personne du pluriel. Pour Les Culottes des Filles, le vocabulaire relevait de la santé vénérienne. En 1989, pour la Saint-Valentin dans un centre d'accueil de la Rive-Sud de Montréal, on y parlait d'amour.

En 1988, la .(SCP) entreprit de fabriquer avec Martin Peach (autre quatrième picot du groupe) un petit ordinateur original et portable basé sur le micro-processeur 68000 (comme le Mac 512) doté d'un écran de quatre lignes de quatre-vingts caractères. Cet ancêtre de l'ordinateur portable était dédié au fonctionnement d'un seul logiciel, La 'Calembredaine. Comme il utilisait le même microprocesseur que le Mac, l'écriture en Assembleur d'un système d'opération pour cet ordinateur dédié s'est avérée plutôt aisée. La collaboration avec Martin Peach continua bien au-delà avec notamment l'ajout à La 'Calembredaine d'un générateur de nombres aléatoires. L'astuce technologique utilisée pour générer l'aléatoire est à la base du DiceBox, un générateur de nombres commercialisé par la suite par Les Produits logiques LopLop inc. et encore utilisé aujourd'hui par Loto­-Québec.

En 1989, dans l'une de ses publications, Les fonds d'archives comme nouveaux barrages de castors, la .(SCP) recense quelques versions passées de La 'Calembredaine et rêve de '(La Calembredaine) solaire « indépendante de l'ordinateur et de l'électricité, (...) idéalement incrustée dans un rocher à Tadoussac ». Cette version Pour dans dix siècles aurait constitué pour la .(SCP) « un hommage à la langue française en terre américaine ».

Bien qu'il n'en subsiste aucune trace dans ses archives, la .(SCP) aurait imaginé vers 1990 une version sculpturale pour la place Émilie-Gamelin alors en voie de réaménagement, au centre-ville de Montréal, une place qu'elle surnommait le « Parc des illettrés ». Elle aurait incorporé un ajout (toujours inachevé) dans son développement : le regroupement de vocabulaire par champs sémantiques, ce qui aurait donné une illusion de sens. Le projet prévoyait la projection de phrases sur écran géant, dont les séquences ne se répéteraient qu'après 1000 ans. Tout le vocabulaire de la langue française aurait alors été regroupé en 1000 champs sémantiques, des regroupements de mots dont chaque champ aurait été dominant pour chacune des 1000 années à venir.

En 1994, et cette fois-ci la démarche est documentée3, la .(SCP) a proposé le déploiement de La 'Calembredaine pour dans dix siècles sur le toit du complexe Méduse, une coopérative d'organismes culturels de la ville de Québec. Sur un écran Lumitexte installé sur le toit du bâtiment, La 'Calembredaine aurait alors institué la .(SCP) dans l'infini poétique de l'univers québécois.


1 - Selon la logique .(SCP)ienne illustrée par son logo composé de quatre points, le collectif compte trois membres permanents ainsi qu'une diversité de collaborateurs représentés par le quatrième point du logo, d'où l'expression de quatrième picot. Voir le texte de François Côté dans cette publication, Encore un mot sur le 4e picot.

2 - '(La Calembredaine) électorale a été conçue en vue de sa candidature pour le parti Rhinocéros dans le comté de Ville St-Laurent aux élections fédérales canadiennes de novembre 1988.

3 - Voir l'illustration à gauche et le manifeste Pour dans dix siècles dans le texte d'André-Louis Paré dans cette publication, Tenir ou non promesse.

4 - Sur la base d'un guide de santé naturelle d'Isabelle Gauthier, Il fait toujours chaud dans les culottes des filles, cette version de La 'Calembredaine a été intégrée au Musée Standard sous le nom de '(La Calembredaine) Sarthoise.

5 - L'édition de Sous le manteau réalisée en 1993 pour le photoroman Liquidation reposait sur un lexique de près de 6 000 mots et expressions puisées d'un inventaire d'objets à liquider et de termes associés au roman noir.

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