.(La Société de Conservation du Présent)
.(SCP)
MONOGRAPHIE

 

Ayant comme toile de fond les trois concepts fondateurs du collectif, cette monographie trace le parcours inusité de .(La Société de Conservation du Présent) sur une décennie. Selon, 1. le principe d’archives, 2. l’art de la promesse et 3. le désoeuvrement, les auteurs explorent son univers et nous font découvrir les nombreux projets qui en ont découlé.

Sous la direction de Sonia Pelletier, en collaboration avec Michel Lefebvre et Bernard Schütze.




TABLE DES MATIÈRES
Préface

Venir après…
> Sonia Pelletier

Introduction

Histoire à suivre, pour le présent
Revisiter .( La Société de Conservation du Présent) .(SCP) à travers le regard d’un de ses membres fondateurs, Philippe Côté

> Bernard Schütze

1. le principe d’archives

Le principe d’archives de .(SCP)
> Denis Lessard

Pour une nouvelle cartographie
> Sonia Pelletier

2. l’art de la promesse

Tenir ou non promesse
> André-Louis Paré

L’ellipse. Quatres épisodes dans la vie de la .(SCP)
> Guy Sioui Durand, Tsie8ei, 8enho8en

3. le désœuvrement

La mise en épochè de l’.(œuvre)
> Michaël La Chance

Mes traces .(SCP)iennes
> Philippe Bézy

Et un mot sur le 4e picot
> François Côté

Des actions infiltrantes

À l’aube des nouveaux médias

Artistes à la conquête d'un nouveau médium : l'approche .(SCP)ienne de la programmation
> Michel Lefebvre

Musée Standard. Culture légitime.
> André Éric Létourneau

La ‘Calembredaine : la verve poétique du hasard
> Philippe Bézy et Michel Lefebvre

Des pictogrammes

Biographies
Chronologie
Bibliographie

Et un mot sur le 4e picot

par François Côté


En traitant les « archives des archives » de la .(SCP) conservées chez Phillipe Côté, je suis tombé sur un diagramme (voir à la page suivante) de 1987 alors que la .(SCP) méditait sa participation au controversé festival Ultimatum II (septembre 1987) après l'éclatant succès d'Ultimatum I (mai 1985). Il aurait pu s'intituler La Galaxie 259 ou Le Nombril du monde, la .(SCP)/259 étant au centre d'un maelström de créateurs, d'ami(e)s et de personnages attachés à diverses « organisations » et participant souvent à plus d'un événement à la fois. Une série de flèches tentent de désigner les liens, directs ou indirects, qui les unis­sent et de cerner la dynamique qui anime tous ces éléments en rapport avec la .(SCP)/259... Ce pourrait être aussi un portrait de genre : 1987 à l'ombre des Foufounes élec­triques, pour paraphraser un article du Montréal Campus sur la .(SCP) (14 septembre 1988).

Dans toute la documentation produite par la .(SCP), de rétrospective en rétrospective, et même dans les « archives des archives » de la .(SCP) chez Philippe Côté, on retrouve peu d'information sur son logo créé par Bergeron et Dubé lors d'un séjour à Toronto avant même que le groupe ait un nom.

Dans une Ten­ta­tive archivistique visant à une intégrale en date du premier octobre 1988, il est décrit comme « un merveilleux exemple d'art naïf bidimensionnel constitué de quatre éléments (la plupart du temps des cercles pleins) dont trois sont situés aux arêtes d'un invisible triangle équilatéral et dont le quatrième occupe le centre ». (p. 6).

On imagine facilement que les trois picots des arêtes sont pour les trois membres de la future .(SCP), mais le 4e picot, au centre ? Mystère... Et pourtant, plusieurs personnes de la « Galaxie 259 » y ont été invitées (moi aussi, d'ailleurs) et s'y sont retrouvées le temps d'un événement, d'un projet, etc. Est-ce à dire qu'il s'agit d'un picot temporaire pour collaborateurs ponctuels ? Pour les ami(e)s seulement ? Ou également pour les ennemi(e)s qui, eux, ont bien alimenté la plume et le clavier de la .(SCP) ?

Ce logo, simple et efficace, nous rappelle quelque chose d'assez judéo-chrétien comme la Sainte-Trinité, par exemple. Avec un œil au centre, on s'approche des francs-maçons, de l'œil de Dieu et de la pyramide tronquée du dollar US, encore, mais ce logo épuré nous rapproche aussi de sigles plus dynamiques comme ceux de l'atomique ou du nucléaire.

Dans les « archives des archives », on retrouve quelques documents relatifs au logo dont trois me semblent assez intéressants. Il y a d'abord un dessin des 4 picots avec des flèches indiquant que les 3 picots des arêtes s'éloignent du centre ou sont repoussés par le centre qui s'étend entre les picots (voir à la page suivante). Le second tente d'altérer le « temps » (ce qui est tout à fait normal pour qui veut conserver le présent).

L'autre document est un croquis de Philippe Côté (d'après un ouvrage mal identifié) du plan du Rockefeller Center, à New York, montrant l'emplacement des quatre bâtiments d'origine (1931-1937) et ceux des nouveaux immeubles construits dans les années 1960. Les quatre bâtiments d'origine ont la même structure que le logo de la .(SCP). Le document n'est ni daté ni numéroté.

Étonnamment les images fondatrices et maintenant légendaires des trois garçons s'en allant à Philadelphie estampiller le Grand Verre sont déjà à l'image du logo. Les trois larrons, tels les Pieds Nickelés (astuces, trucs et combines), semblent vraiment désœuvrés alors qu'ils gravissent l'imposant escalier du Musée d'art de Philadelphie. (voir 1re de couverture).

Ils sont en formation triangulaire... Il ne manque que le 4e picot.

C'est fait. Le premier 4e picot de la future .(SCP) serait donc le Grand Verre de Duchamp, sans compter Billy le Boquet qui furetait dans les salles pendant que les compères commettaient le crime de lèse-majesté, mais c'est quand même lui qui les y avait conduits (en auto). On peut maintenant parler des trois mousquetaires puisqu'ils sont quatre. Première appropriation donc, estampillée « COPIE » le 6 février 1985. Figureront ensuite, au fil des grands projets : l'appropriation de Walter Benjamin, de Benjamin Franklin et de Franklin D. Roosevelt, dans le cadre du Walter Benjamin Franklin Roosevelt Bridge Project (protagonistes liés, comme Duchamp, par leur passage ou leur désir de passage, d'un pont transatlantique entre l'Europe et l'Amérique) ; ainsi que l'exhumation de figures emblématiques québécoises de Ti-Pop à Ernest Gendron en passant par le barrage du castor canadien-[français] (c.-à-d. Hydro-Québec qui peut te couper le courant quand elle veut, question de bouleaux).

Chaque appropriation ou exhumation gonfle le 4e picot de nouvelles strates. Ajoutons maintenant les collaborations serrées avec Poutine Productions, Septix, Vent du Mont Schärr, les Néoistes, ainsi qu'avec plusieurs galeries et centres d'artistes, autant de 4e picots. Ajoutons aussi ces personnes qui se sont fait tirer le portrait à la Coop de l'UQAM en 1987 (étant donné : 1. la carte d'identité, 2. la réduction de prix) dans une autre « tentative archivistique » démesurée ; ou celles qui ont rempli le formulaire de tous les Marie-Joseph de la Terre en 1988 (« Tu't sauveras pas de même baqua ! ») ; autant de 4es picots. Il faut également souligner le piège tendu à celles et à ceux qui ont utilisé le tout nouveau « logiciel d'entrée et de communication de données » .(Rrose) conçu comme un Intranet planétaire pour le (, rendez-vous du 28 juillet 1987) à Philadelphie. Celles et ceux qui ont alors clavardé grâce à .(Rrose), tout à l'excitation de l'instantanéité électronique, font maintenant partie de deux gros recueils d'archivage de données ; encore autant de 4es picots. Et que dire de la croisade menée par la suite dans les écoles primaires de l'île de Montréal (programme Télécolart, 1992) où la .(SCP) expliquait aux enfants « Notre médium : le système » et le bon usage de l'ordinateur. Exit McLuhan et son « The Medium is the Message ». Pauvres enfants, ainsi toute une génération s'est engouffrée dans le « système », 4e picot béant et accueillant. Chacune de ces participations ajoute une facette non réductible à l'image polymorphe de la .(SCP).

Ainsi présenté, plus grand que nature, le 4e picot ressemble en fait à « Dieu », à l'œil de Dieu, à une pile atomique ou un noyau nucléaire. C'est, somme toute, l'espace de création. Espace dans lequel tous les protagonistes de La Galaxie 259 se sont un jour retrouvés. Espace de création dont la .(SCP) aura permis l'actualisation, pour paraphraser Hegel. Le 4e picot, avec ses appropriations, ses exhumations et ses collaborations, rejoint finalement le mégaprojet du Musée Standard, « COPIE » électronique, revue, corrigée et en perpétuelle augmentation, de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert au XVIIIe siècle (non, ils n'ont pas tout écrit ni tout dessiné tout seuls... )

Il convient ici de saluer tous les 4es picots, ceux et celles qui, au fil des années, ont charroyé, payé, couturé, festoyé, bricolé, aimé et pleuré avec la .(SCP).

Dans l'image du Rockefeller Center des années 1930, on voit bien que c'est le 4e picot qui est le plus haut !

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